Sébastien Moret
Université de Tartu / Université de Lausanne
LâannĂ©e 2015 marque le centiĂšme anniversaire des tragiques Ă©vĂ©nements que subirent les populations armĂ©niennes de lâempire ottoman en 1915[1], Ă©vĂ©nements auxquels la quasi-totalitĂ© de la communautĂ© internationale attribue le terme de gĂ©nocide. A cette occasion, lâannĂ©e a vu se succĂ©der toute une sĂ©rie de manifestations souvent symboliques. Ainsi, le 12 avril, lors dâune messe en lâhonneur des ArmĂ©niens en la basilique Saint-Pierre de Rome, le pape François utilisa publiquement pour la premiĂšre fois le terme gĂ©nocide, donnant ainsi un cadre solennel et retentissant Ă la rĂ©itĂ©ration de la reconnaissance par le Vatican du caractĂšre gĂ©nocidaire des massacres[2] ; quelques jours aprĂšs, câĂ©taient les dĂ©putĂ©s du Parlement europĂ©en qui avaient, Ă leur tour, rĂ©affirmĂ© la reconnaissance du gĂ©nocide[3], lui adjoignant un hommage rendu aux victimes armĂ©niennes et lâidĂ©e dâune journĂ©e internationale de commĂ©moration des gĂ©nocides « afin de rĂ©affirmer le droit de tous les peuples et de toutes les nations du monde Ă la paix et Ă la dignité »[4].
A cĂŽtĂ© de ces manifestations « politiques », il faut mentionner aussi toute une sĂ©rie dâimportantes manifestations scientifiques, publications ou colloques, souhaitant revenir sur ces Ă©vĂ©nements[5]. Parmi ces derniĂšres, nous en mentionnerons quelques-unes : lâouvrage de Vincent Duclert (2015) sur La France face au gĂ©nocide des ArmĂ©niens ; le colloque international « Le gĂ©nocide des ArmĂ©niens de lâEmpire ottoman dans la Grande Guerre 1915-2015 : cent ans de recherche » tenu Ă Paris en mars 2015 et dont les Actes ont dĂ©jĂ paru (Becker et al. 2015) ; enfin le livre du journaliste allemand JĂŒrgen Gottschlich (2015) qui revient sur le rĂŽle des Allemands dans les massacres.
Dans le cadre de ces quelques lignes, nous aimerions aussi revenir sur ces Ă©vĂ©nements, mais en les apprĂ©hendant du point de vue de celui qui Ă©tait Ă ce moment-lĂ en Europe certainement « le meilleur connaisseur du domaine [armĂ©nien] parmi les linguistes occidentaux » (Lamberterie 2006, p. 161), celui qui avait Ă deux reprises dĂ©jĂ (en 1891 et en 1903) visitĂ© les territoires armĂ©niens de Russie et de lâempire ottoman (Gandon 2014b, p. 27-33), celui enfin vers lequel, alors « maĂźtre incontesté » (Lamberterie 2006, p. 162) et spĂ©cialiste adoubĂ© (ibid., p. 152), se tournaient non seulement ses collĂšgues philologues et linguistes (ibid., p. 155), mais aussi les hommes politiques[6] quand il sâagissait de problĂšmes armĂ©niens, Ă savoir Antoine Meillet (1866-1936).
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