Patrick Sériot
Universités de Lausanne et de Saint-Pétersbourg

Introduction
La réception positive de Saussure est bien connue, elle est au fondement des manuels de linguistique générale dans la plupart des pays. Curieusement, on s’attarde beaucoup moins sur sa réception négative, sinon pour la rejeter dans l’enfer des erreurs comme étant aussi dépourvue de pertinence que l’histoire du phlogiston pour la chimie ou des esprits animaux pour la médecine.[1]
Il me semble cependant qu’il y a mieux à faire que l’ignorance volontaire en ce domaine, et qu’une étude minutieuse de cette réception négative pourrait nous éclairer sur certains aspects de la théorie et de la pratique saussuriennes.
Ainsi en va-t-il d’une accusation qui, en URSS des années 1920-30-40 valait comme anathème : Saussure serait le promoteur de la « théorie des hiéroglyphes en linguistique », thème extrêmement mal documenté dans la littérature linguistique en Occident. Or cette accusation soulève, à mon avis, un problème épistémologique de première importance.
Qu’est-ce que la théorie des hiéroglyphes en linguistique ? Quel est le sens de cet anathème ? Que peut-il nous apprendre 1) sur Saussure, 2) sur ses détracteurs ?
L’association inédite de Saussure aux hiéroglyphes est un témoignage du milieu culturel et intellectuel soviétique de l’époque tout autant que politico-idéologique. Le thème plus général de la réflexion sur le langage et le signe en Russie soulève à son tour une comparaison dans l’espace et le temps : la vie intellectuelle en Russie fait-elle partie de la « tradition occidentale » ? si oui, pourquoi en est-elle si souvent écartée ? si non, quelle en est la spécificité ? Et d’autre part, les parallèles avec une autre époque où l’on s’interrogeait sur la nature et l’origine du langage, à savoir les XVIIème et XVIIIème siècles européens, sont si nombreux qu’une comparaison s’impose.
De cette vaste série de questions on ne traitera ici qu’une infime partie : l’interprétation de la linguistique saussurienne comme une « théorie des hiéroglyphes » en URSS jusqu’à l’extinction progressive de l’ère stalinienne (milieu des années 1950).
Il faudra dans un premier temps retracer les étapes terminologiques et conceptuelles de l’interprétation des hiéroglyphes égyptiens, puis explorer le contexte idéologique et philosophique de l’emploi métaphorique de ce terme dans le marxisme soviétique ; et enfin examiner les arguments de la critique soviétique de Saussure à travers cette notion de hiéroglyphe. Sémiotique et philosophie du langage en tireront peut-être quelque nouvel éclairage. Read more ›

Comment définir le nom ? Qu’est-ce qu’un verbe ? Faut-il faire du pronom une catégorie distincte du nom ? Pourquoi l’article est-il une catégorie reconnue seulement dans certaines langues ? À partir de quel moment a-t-on fait de l’adjectif une classe de mots à part ? Peut-on trouver des interjections dans toutes les langues ? Y a-t-il des classes de mots universelles ? Pourquoi le nombre de parties du discours varie-t-il d’une langue à l’autre ?
